Comment passer sous silence, à "Liège-France", la commémoration d'un événement aussi important ?
Déjà en 1787, Jean-Nicolas Bassenge, l'un des chefs du parti démocrate, avait fait apposer sur les murs de Liège la proclamation suivante : Liégeois, vous êtes un peuple libre. Un peuple est libre quand il se donne à lui-même, par le consentement de tous les individus qui le composent ou par celui des représentants nommés et autorisés par eux, les lois qu'il désire. En sorte que le peuple n'est libre qu'autant que la souveraineté, le pouvoir législatif, réside dans la nation entière. Le premier commis de la Nation, son chef et non son maître, est l'organe de la volonté nationale. Membre de la souveraineté quand il s'agit de faire la loi, il est son seul délégué pour la faire exécuter. Il la fait promulguer quand tous y ont consenti. Mais il n'est que l'organe et non l'interprète. Il ne peut que la publier et non la changer. Il ne peut même la faire exécuter que selon la forme prescrite (1).
A la tension politique croissante s'ajouta la dégradation de la situation économique et le terrible hiver 1788-89. Mais c'est surtout la situation en France qui focalise l'attention. Dès l'annonce de la convocation des Etats généraux, le Pays de Liège suit avec passion, les événements français : l'Assemblée nationale constituante, la prise de la Bastille, la nuit du 4 août(2).
Le 17 août les patriotes réclament une réforme constitutionnelle, l'abrogation du Règlement de 1684 et la représentation de la Nation par des élus librement choisis. Le lendemain 18 août, Jean-Nicolas Bassenge publie une nouvelle Adesse aux Citoyens. Les ouvriers du marchand d'armes Goswin et la population des faubourgs envahissent Liège, prennent d'assaut l'Hôtel de Ville, chassent les deux bourgmestres désignés par le prince-évêque et désignent deux nouveaux : Jean-Joseph Fabry et Chestret. Dans le même temps, une troupe de volontaires commandés par Ransonnet s'empare de la Citadelle. Le Prince-évêque s'enfuit.
Il y eut encore de nombreuses péripéties avant que les troupes révolutionnaires françaises libèrent -une première fois en 1792, puis une deuxième fois en 1795- le Pays de Liège de l'occupation autrichienne. Dès la première libération, les patriotes liégeois qui s'étaient réfugiés à Paris, supprimaient les trois Etats (noble, clergé et état-tiers) et les remplaçaient par une Convention nationale liégeoise. C'est alors que les Liégeois votèrent spontanément la réunion du pays de Liège à la République.
Puissent nos courageux ancêtres inspirer les rattachistes de 2008 dans leur combat actuel pour le retour définitif à la France du pays de Liège et des autres provinces wallonnes. De l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace ! disait Danton.
(1)Cf Félix Magnette, Précis d'Histoire liégeoise, Liège, 1924, p. 235.
(2)Cf Bruno Dumoulin et Jean-Louis Kupper, Histoire de la principauté de Liège, De l'an mille à la Révolution, Toulouse, 2002, éd. Privat, p. 217 et ss.
8 commentaires:
Ils votèrent spontanément la réunion à la France comme ils votèrent spontanément en toute clarté la destruction de la Cathédrale Saint Lambert ?
En effet, ce sont les Liégeois eux-mêmes et non les Français qui votèrent la démolition de la cathédrale Saint-Lambert. Cette démolition fut décrétée à l'unanimité par l'Administration centrale provisoire du pays de Liège, lors de sa séance du 19 février 1793. On peut certes regretter cette décision, mais non l'imputer aux Français.
« Il est parfaitement normal que la Russie veuille défendre ses intérêts ainsi que ceux des Russes en Russie et des russophones à l’extérieur de la Russie » affirme Nicolas Sarkozy, président de la République Française, à propos de la crise Russo-Géorgienne (http://www.rue89.com/2008/08/18/en-envahissant-la-georgie-la-russie-reveille-ses-vieux-demons).
Changeons simplement trois mots et nous obtenons : « Il est parfaitement normal que la France veuille défendre ses intérêts ainsi que ceux des Français en France et des francophones à l’extérieur de la France »
Il ne reste plus qu'à attendre les chars Leclerq ainsi que les Mirages et autres Rafales en agitant un petit drapeau français.
C'est effectivement ce que la France a fait en 1950. Deux régiments français, précédés de chars, étaient prêts à franchir la frontière à l'appel du gouvernement séparatiste wallon qui était sur le point de prendre le pouvoir, avec l'appui la Fédération liégeoised de la FGTB, si Léopold III n'avait pas abdiqué dans la nuit du 31 juillet.
On dit que l'histoire ne repasse pas les plats...Pas sûr !
Bravo ! chers amis de "Liège-France". Il n'y a que vous, parmi les sites rattachistes, qui ait eu l'idée de saluer l'anniversaire de la Révolution liégeoise, soeur de la Révolution française.
C'est si loin, tout ça, disent certains, qui n'ont aucune culture historique et sont tout fiers de leur ignorance crasse.Comparer les prix du panier de la ménagère des deux côtés de la frontière, voilà ce qui préoccupe nos grands esprits. 1789 ? Que s'est-il passé à cette époque lointaine ? N'est-c pourtant pas à cette source qu'ils vont puiser leurs grandes Valeurs ?
Hélas, pour eux, Jules Destrée, c'est déjà Mathusalem...Faut pas demander la fin du 18è siècle !
Déjà de Gaulle, pour certains, c'est loin ! Il ne faut plus en parler! On est à l'époque de Sarkosy...Quel rapport avec le vieux général ?
Je crois qu'il faut les deux: De l'audace, certes, mais aussi de la sagesse.
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