C'est ainsi que Claude Askolovitch, journaliste du Nouvel Observateur, qualifie les militants rattachistes (dernier numéro du 7 aôut 2008).Ils ne sont pas tous âgés, comme le montre la photo illustrant l'aricle, intitulé La guerre des Belges et curieusement surtitré Et si Bruxelles devenait française ? La page de couverture de l'hebdomadaire indépendant de gauche représente un grand manneken-pis portant en écharpe le ruban bleu-blanc-rouge des maires de la République. On est d'autant plus surpris que l'auteur, après un tour des provinces wallonnes, pose la question : Et Bruxelles ? Non, pas Bruxelles, écrit-il, cette ville flamande francisée par l'histoire, aujourd'hui européenne et cosmopolite, administrative, chic et snob... Quant à Liège, l'on s'y est cru français longtemps et aujourd'hui encore...a t-il constaté, ajoutant : "La France est dans le coeur, dans la tête des Wallons".
"En 1950, deux divisions françaises (1) étaient prêtes à intervenir si la Wallonie se séparait de la Belgique", jure André Schreurs, résistant à l'adolescence, aujourd'hui vert vieillard et militant infatigable de la Wallonie française. Son père, il y a soixante ans, travaillait à créer un gouvernement wallon indépendant, prémice du retour à la mère-patrie. Schreurs et ses amis (de Liège-France) sont des révolutionnaires attendant le retour du grand soir. Ils se vivent en avant-garde, persuadés que les Wallons sont des Français qui s'ignorent et que, un jour...Ont-ils tort ?
"Dès qu'un homme politique se retire, il devient rattachiste", ironise Jules Gheude, un des tribuns du parti français."C'est juste une question de courage(...) Si la France nous donnait des signes d'intérêt, la Wallonie bougerait", jure Jules Gheude. C'était avant le dernier sondage commandé à l'IPSOS par Le Soir et La Voix du Nord, révélant qu'en cas de scission de la Belgique, 49% des Wallons sont favorables au rattachement de la Wallonie à la France et que 64% des Français sont prêts à les accueillir.
Claude Askolovitch a également rencontré Robert Collignon, ancien ministre-président wallon, pour qui "Yves Leterme est un homme honnête: il dit que les points de vue (entre les deux communautés) sont irréconciliables. Il a raison". M.Collignon est aussi un homme honnête. Il a cru au fédéralisme, mais il ne croit plus à la Belgique, depuis longtemps. "Déjà pendant la guerre, "nos résistants regardaient vers de Gaulle". Robert Collignon dit qu'il "n'est pas "rattachiste", mais "unioniste": une Wallonie ayant affirmé son autonomie passerait librement un contrat d'entrée dans la République francaise(3).
Parmi ses sources de référence, le reporter du Nouvel Obs cite le dernier livre de Jules Gheude, Le choix de la Wallonie, et le blogue-notes de Claude Thayse.
(1) Deux régiments, pas deux divisions (ndlr).Sur le gouvernement provisoire de 1950,, lire l'article de José Fontaine dans l'Encyclopédie du Mouvement wallon, tome II, p.740-742.
(2 La confusion entre Bruxelles et la Wallonie est décidément récurrente. Elle est parfois telle qu'un ancien journaliste du Monde, Luc Rosenzweig, vient d'écrire un article très sympathique : Adoptons les Wallons et les Bruxellois. La France doit soutenir les rattachistes, croyant que les bruxellois sont compris dans les 49% de Wallons "rattachistes" en cas de scission de la Belgique. Cependant, il relève en note qu'on a coutume de rassembler sous le nom de Wallons les francophones de Belgique, ce qui n'est pas exact car les Bruxellois d'expression française ne se reconnaissent pas comme tels...Voir http://www.causeur.fr/adopter-les-wallons-et-les-bruxellois.708
(3) Le "rattachement" à la France peut prendre des formes diverses, sui generis. L'unionisme de l'ancien chef du gouvernement wallon peut être qualifié de rattachement au sens large, de même que le projet de M. Daniel Ducarme. "Rattachement" ne signifie pas incorporation pure et simple, et même les plus "français" d'entre nous souhaitent que la Wallonie, une fois réunie à la France, bénéficie d'un statut pariculier, comme l'Alsace ou la Corse, par exemple. A cet égard le terme de "réunion" est peut-être plus adéquat que celui de "rattachement", mais ce dernier semble avoir définitivement droit de cité.
7 commentaires:
Tous ces nouveaux contacts, articles, interviews, en France, en Flandre, sont nés de l'initiative de M. Jules Gheude et de ses amis.On sort enfin des sentiers battus et de la "pensée unique".C'est ce que nous avons toujous souhaîté, à "Liège-France",et notre groupe soutient cette initiative depuis le début. Les Etats généraux de Wallonie vont apporter une grande bouffée d'air frais. On va pouvoir débattre démocratiquement, affiner nos projets, amener les Wallons à réfléchir sur des thèmes précis, actualiser notre argumentaire, dégager les grandes lignes d'une nouvelle politique.Ce pourrait être un moment fondateur.
Je ne partage pas les analyses de M. Francois Lemaire, sur le site "Debout la Wallonie".A côté d'excellentes choses, comme le rejet du communautarisme au profit du fait régional, on y trouve de curieux raccourcis du genre "les régionalistes, les rattachistes et les belgicains ont au moins deux choses en commun : ils expriment publiquement un attachement à une entité qui dépasse le cadre de leurs intérêts personnels. Mais surtout,ils expriment cet attachement de manière modérée et respectueuse des principes fondamentaux qui ont permis d'asseoir la démocratie moderne".
Pourquoi, encore une fois, tout mélanger ? Qu'il y ait en Flandre un parti fascisant, comme le Vlaams Belang, quelle importance cela a-t-il pour nous, Wallons ? L'essentiel est que l'extrême droite ne se développe pas en Wallonie et ce n'est manifestement pas le cas. Que la frontière linguistique soit devenue une "frontière d'Etat", où est le problème ? Que la majorité des Flamands soient nationalistes, en quoi cela peut-il nous gêner ? Au contraire, cela peut hâter la fin de la Belgique.Se détacher d'un Etat pour en rejoindre un autre est, qu'on le veuille ou non, une action révolutionnaire, pourquoi avoir peur des mots ? Quel mal y a-t-il à mettre "la défense de sa nation devant "d'autres principes"? Quand une maison brûle, le plus urgent n'est-il pas d'appeler les pompiers,plutôt que de se préoccuper des options idéoloqiques et politiques de tel ou tel pompier ?
Ce n'est pas avec des attitudes "politiquement correctes" et lénifiantes que la cause rattachiste avancera.
Tout à fait, Monsieur Gérard Lambert. Je ne puis non plus souscrire aux positions de M. François Lemaire car celui-ci confond manifestement le vrai objectif rattachiste qui est celui de la réunion de la WALLONIE à la France, avec celui de la défense de tous les francophones de Belgique y compris ceux de Bruxelles et de sa périphérie. Moi, je ne me sens pas solidaire des "belges non-flamands" mais plutôt des wallons, point! Que Bruxelles avec sa "périphérie" flamande, se dépatouille elle-même avec ses problèmes linguistiques belgo-belges, et se prononce elle-même sur son propre avenir. Nous n'avons pas à nous ingérer dans les affaires bruxelloises. Aussi, le fait de faire un amalgame désinforme les français car ceux-ci ont de plus en plus difficile de faire la distinction entre la Wallonie et Bruxelles, et également entre les intérêts de l’un et de l’autre.
D'autre part, l'expression "belges non-flamands", de M. Lemaire me déplait encore plus que le terme "francophone", car elle sous-entend une haine envers la communauté flamande. Je trouve que nous devrions au contraire chercher à nous entendre avec ces "flamands" car ce sont eux et non les partis "francophones" traditionnels, qui vont nous aider à réaliser la scission l'Etat belge et la mise de la Wallonie dans les conditions optimales d'un prochain rattachement, tant attendu, à la France.
Comme le fait justement remarquer M. Thayse sur son blogue-notes à propos de l'article du Nouvel Observateur, "curieusement, 24 heures après la publication, pas un mot de cette première prise de position d'un hebdomasaire de centre-gauche sur "le seul site officiel"...
A présent; il y a 48 heures et toujours rien ! Serait-ce parce qu'on ne cite pas le président dans l'article ? On peut se poser la même question au sujet de l'interview de M. Gheude dans "Het Belang van Limburg"...Des contacts avec des nationalistes flamands ? Mmm...est-ce bien "potiquement correct", ça !
A propos du "politiquement correct", je voudrais évoquer Feu le Général de Gaulle. A cet homme persuadé que "la France ne serait pas la France sans la grandeur", personne ne dicta ses choix. Ni l'ennemi, bien sûr, ni l'adversaire, ni même les alliés ne purent infléchir un caractère trempé, dès le plus jeune âge, dans l'indépendance d'esprit. Cet homme n'aurait eu que faire d'un "politiquement correct", lui qui préféra toujours l'intelligence politique.
Si j'ai bien compris, Monsieur Ducarme propose de réunir à la France la Wallonie et Bruxelles en conservant le nom de "Belgique" et la monarchie belge, un peu comme la Belgique actuelle fait partie de l'Union européenne. Est-ce bien ainsi ? Où peut-on trouver des précisions à ce sujet ?
@ Josette Schippers,
Le texte du projet de Daniel Ducarme se trouve sur le site "Energies réformatrices" (http://www.energies-reformatrices.be)
Ce projet est assez habile d'un point de vue stratégique en proposant ce qui pourrait être - au mieux - une étape, la Belgique française ou encore un Etat allié privilégié de la France en Europe (Un peu ce qu'est l'Autriche vis à vis de l'Allemagne).
Texte à visée partisane, il contient des clauses qui sont en contradiction avec la Constitution française. Il contient ainsi un certain nombre de choses difficiles à accepter pour ceux qui sont rattachistes depuis de nombreuses années, mais peut être une chambre d'accueil pour des "nouveaux convertis". En ce sens, il contribue à la déstabilisation des certitudes belgeoises.
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