On aurait pu croire, comme l'a écrit un de nos correspondants, que le RWF comprenait enfin les aspects positifs du confédéralisme pour la Wallonie. Hélas, un article de la revue Wallonie-France(1), reproduit ce jour sur le"site officiel", vient ruiner cet espoir. Selon M. Marc De Middeleer, auteur de cet article, le confédéralisme serait un péril redoutable et il accuse déjà les médiateurs royaux et leurs responsables politiques d'aller à Canossa ou à Munich, dans la peur et la faiblesse de vrais-faux compromis capitulards et préjudiciables pour l'avenir des Wallons et des Bruxellois. Il semble regretter que le processus de dislocation de la Belgique suive ainsi son cours !
Apparemment, ce n'est pas tant le sort de la Wallonie et des Wallons qui préoccupe M. De Middeleer, mais l'éternel et empoisonnant problème de Bruxelles et de sa gestion. Il craint pour celle-ci une sorte de cogestion par la Flandre et par la Wallonie, qui rendrait plus difficile aux Wallons et aux Bruxellois d'unir leurs destinées. La frontière linguistique étant une frontière d'Etat depuis les années '50, la "Région francophone du Grand Bruxelles" serait totalement enclavée en territoire flamand. Or, poursuit-il, en terre flamande, les Belges non francophones reçoivent aujourd'hui une qualification et un traitement d'immigrants, ce que pour notre part, nous trouvons normal, comme c'est aussi le cas des Flamands en Wallonie ou des Slovaques en Tchéquie.
L'auteur ne semble pas comprendre qu'un système confédéral implique nécessairement l'unité culturelle et linguistique, sur un territoire bien délimité, de chacun des Etats composant la Confédération. Contrairement à ce qu'il affirme, le confédéralisme n'a rien de "vicieux"; il repose sur une conception ethnique de la nation, qui est celle de la Flandre, mais qui vaut aussi pour la Wallonie (2). M. De Middeleer reconnaît d'ailleurs que, grâce au confédéralisme, "la Flandre et la Wallonie assumeraient leurs souveraineté et charges respectives dans les domaines essentiels de l'économie, de la sécurité sociale, de la fiscalité, de la recherche scientifique, de la justice, des infra structures et travaux publics". Mais au lieu de se réjouir, comme nous le ferions à "Liège-France", de voir enfin la Wallonie et les Wallons prendre leurs responsabilités dans le cadre d'un véritable Etat, il reprend à son compte l'affirmation vulgaire et ridicule de l'ultra belgicain Francis Delpérée : "le confédéralisme est le fédéralisme des cons"..!
On croit rêver devant l'analyse et les réactions épidermiques d'un supposé partisan de la réunion de la Wallonie à la France. C'est vraiment stupéfiant ! En vérité, on voit bien que la seule chose qui préoccupe M. De Middeleer est le sort de Bruxelles, de la capitale comme il dit, qu'il qualifie abusivement de "métropole française", alors que son caractère cosmopolite et multiculturel est évident. Devant les exclamations d'horreur de l'auteur à l'idée que "la thèse flamande classique, qui se fonde sur une Belgique à deux (Flandre et Wallonie) relègue la capitale au rang de territoire cogéré", il faut rappeler que cette idée de cogestion n'a pas été inventée par les Flamands, mais figurait dans l'Accord entre fédéralistes wallons et flamands des années '50, à l'initiative des dirigeants du Congrès national wallon. Que M. De Middeller relise l'excellent ouvrage de Jean-Emile Humblet (voir notre bibliographie) ou qu'il avoue que seul le problème de l'avenir de Bruxelles - du "Grand Bruxelles" - l'intéresse. Mais alors, on peut s'étonner qu'une revue rattachiste comme Wallonie-France, même si elle se veut pluraliste, publie une telle prose, aussi manifestement contraire aux intérêts de la Wallonie et ne présentant aucun intérêt pour la réunion de celle-ci à la France -qui devrait-être notre seul objectif commun et fondamental.
(1) Wallonie-France, n° 80, septembre-octobre 2008.
(2)Dans La Libre Belgique du 3 septembre, M. Jacques Lippert, directeur adjoint de l'Institut des Relations internationales, expose avec une grande clarté la conception ethnique de la nation fondée sur l'idée de racines communes, par opposition à la conception "élective" ou "civique" qui repose sur un choix politique. C'est évidemment la conception ethnique qui animait le Congrès national wallon et qui lui a permis de voter à l'unanimité une motion proclamant "la fierté du peuple wallon d'être partie intégrante de la nation française". A-t-on jamais vu un chêne s'élever dans le ciel sans avoir de racines ? Le président de la Communauté germanophone, M. Karl-Franz Lambertz, a manifestement, lui aussi, la même opinion, puisqu'il vient de déclarer que la Belgique connaît un problème ethnique.
2 commentaires:
Dans le dernier numéro du Vif/L'Expresse, M. Xavier Mabille, ancien directeur du CRISP, estime que la cogestion de Bruxelles par la Wallonie et la Flandre est un concept du passé. Il relève néanmoins que les Flamands n'ont pas été les seuls à "en vouloir à Bruxelles", car "très vite le mouvement wallon va lui aussi percevoir Bruxelles comme un lieu de pouvoir centralisateur, où se tiennent des décisions qui ne tiennent pas compte des intérêts régionaux. Du côte flamand, ce "complexe" de "la province" à l'égard de la capitale se double d'un ressentiment linguistique : deux raisons de ne pas aimer Bruxelles"(...)
"Le positionnement des Wallons vis-à-vis de Bruxelles n'est pas dénué d'ambiguïtés. Certains considèrent que la solidarité avec Bruxelles est essentielle, pour la raison qu'on est plus forts à plusieurs dans un Etat où les Flamands sont majoritaires. Mais d'autres pensent, au contraire, qu'une alliance objective entre la Flandre et la Wallonie est le meilleur moyen, pour la Wallonie, d'obtenir davantage d'autonomie".
Voilà qui résume fort bien les deux courants de pensée et les deux stratégies que l'on rencontre dans la mouvance rattachiste. On trouve les tenants de la première option au RWF et ceux de la seconde à Liège-France, dans l'ancien "parti France" et chez des rattachistes indépendants.
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