On nous reproche parfois de ne pas nous soucier des problèmes des Buxellois francophones, voire de ne pas aimer ceux-ci. Rien n'est plus faux. Voici de larges extraits d'un article publié en 2001 dans la revue Wallonie Région de France (1). En 2010, je fais la même analyse et éprouve les mêmes sentiments à l'égard de nos amis de Bruxelles.
Aucun défenseur de la francité ne peut se désintéresser du sort de Bruxelles, pas plus que de celui du Québec, du Jura suisse ou du Val d'Aoste. La francophonie, qui rassemble les divers peuples ayant le français comme langue maternelle, usuelle ou de culture, constitue un ensemble de valeurs humaines qu'il est essentiel de sauvegarder face à l'hégémonisme anglo-saxon et aux dangers d'une mondialisation dominée par des intérêts économiques et financiers. Une solidarité entre tous ces peuples est indispensable.
Mais faut-il pour autant lier le sort de la Wallonie à celui de Bruxelles, parce que ces deux régions se situent actuellement dans le cadre de la Belgique ? Faut-il, comme le préconise le RWF, associer dès-à-présent Bruxelles à l'élan qui pourrait porter la Wallonie vers la France en cas d'indépendance de la Flandre ? Faut-il, comme semblent le souhaiter certaines personnalités françaises, "accrocher le wagon bruxellois" au train wallon pour l'Hexagone ? Je ne le crois pas, car cette vision me paraît à la fois irréaliste et dangereuse.
Elle est irréaliste parce que la mentalité et les intérêts des Bruxellois francophones sont, dans l'ensemble, différents de ceux des Wallons. Bien sûr, on peut toujours rêver que Bruxelles, si la Belgique éclate, souhaite devenir, comme la Wallonie, une région de France. Mais contrairement à ce qu'affirme un slogan flamand , la langue n'est pas tout le peuple (2). Il faut tenir compte de l'histoire, de la géographie, du substrat de la population, de sa composition socio-culturelle, des intérêts économiques. Et dans tous ces domaines, il y a de grandes différences entre la Wallonie et Bruxelles. Alors que la Wallonie est une vieille terre gallo-romaine dont les dialectes sont, comme le français, d'origine latine, Bruxelles était, à l'origine, une terre majoritairement flamande qui a été progressivement françisée. Non seulement les statistiques de l'emploi des langues le prouvent (3), mais les toponymes de la plupart des communes, en particulier de celles de la périphérie, sont révélateurs.
Cette différence de mentalité, de culture et de sensibilité entre les Wallons et les Bruxellois avait déjà été perçue, au lendemain du Congrès wallon de 1945, par Paul-Henry Spaak (eh! oui), qui déclara à la tribune de la Chambre, en réponse à une interpellation d'un parlementaire du Congrès : "A côté de la culture francophone des Bruxellois, il semble y avoir en Wallonie une autre façon de sentir, d'exprimer la culture française, suivant votre sensibilité propre. C'est une expression que j'appellerai franco-wallonne de la culture française. Pour cela, parce que c'est une chose juste, vous aurez l'appui du gouvernement"(4).
André Schreurs
A suivre
(1) Bulletin trimestriel du Parti France, n°7, août-septembre-octobre 2001.
(2) De taal is gansch het volk.
(3) Cf J.-M. Remouchamps, La francisation de Bruxelles, Bruxelles, 1937, éd. de la Défense wallonne.
(4) Annales patrlementaires, s.d.,1945-1946, p.1230.
1 commentaire:
Il y a autre chose qui distingue Bruxelles de la Wallonie (et de la Flandre) : la moitié seulement des habitants de Bruxelles sont des francophones dans le sens où on l'entend généralement, à savoir des citoyens belges dont la langue maternelle est le français.
Le reste de la population de la ville constitue un patchwork de langues et d'origines ethniques diverses. Il est plus que probable que cette moitié-là de la population ne voient pas du tout la question bruxelloise de la même manière que les électeurs du FDF par exemple.
Je ne prétends pas savoir ce que ces gens feront une fois que la question du sort de Bruxelles sera officiellement posée mais on oublie souvent que la Bruxelles des années 70 n'existe plus. Or les calculs et arguments politiques belgo-belges semblent toujours basés sur la réalité sociologique de cette époque.
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