Dans le discours officiel qu'il a prononcé hier soir à l'occasion de la Fête nationale flamande, le Premier flamand, M. Kries Peeters a plaidé pour une révolution copernicienne où l'Etat fédéral ne sera plus le soleil autour duquel gravitent les Etats fédérés, mais où ces derniers l'emporteront dans une vision de subsidiarité, avec le fédéral à leur service. (La Libre Belgique de ce jour).
Pour opérer cette révolution, il faut la grande réforme de l'Etat que réclament tous les partis politiques flamands. Cette réforme, a exposé M. Peeters, implique nécessairement la réalisation des cinq objectifs suivants :
1) Il faut plus de compétences homogènes et transférer dès lors aux Régions les compétences suivantes : politique de l'emploi, politique de la famille, soins de santé, justice, fonction publique et zones maritimes;
2) Il faut responsabiliser les Régions sur le plan financier, notamment dans les politiques de l'emploi et des soins de santé, où l'allocation de budgets doit se faire de manière responsable;
3) Il faut remplacer le système des dotations allouées aux Régions suivant une clé fixe de répartition, par un système de prise en charge responsable basé sur l'impôt sur les personnes physiques et les sociétés, avec une plus grande autonomie fiscale;
4) Bruxelles doit avoir un statut particulier de Ville-région et être gérée de manière efficace et bilingue;
5) Enfin, il faut bien sûr exécuter l'arrêt de la Cour constitutionnelle concernant BHV en scindant cet arrondissement sur le plan politique et judiciaire.
Pour le ministre-président flamand, il ne peut être question de toucher aux limites de la Région bruxelloise, mais on pourrait créer une structure comparable à celle du district européen "Lille-Courtrai-Tournai", afin d'assurer le développement structurel de la "communauté d'intérêts socio-économiques"entre Bruxelles d'une part, la Flandre et la Wallonie de l'autre.
En conclusion, M. Kris Peeters a souligné que la Flandre doit être une communauté ouverte et chaleureuse, mais dans un respect pour sa langue et sa culture.
Quelle doit être la réaction des rattachistes wallon vis-à-vis de ce discours et des positions qu'il exprime ?
Pour ma part, je n'ai aucune objection. Les déclarations de M. Kries Peeters vont dans le bon sens : accroître considérablement les compétences des Régions - qu'il appelle avec raison des "Etats" fédérés -, les responsabiliser sur le plan technique et financier, supprimer le système des dotations - la fameuse clé de répartition 40/60 - qui maintient la Wallonie dans un statut de "Région assistée" par la Flandre, scinder l'arrondissement de Bruxelles-Hal(le)-Vilvo(o)rde qui constitue l'ultime survivance, parfaitement obsolète, de la Belgique unitaire "de grand-papa"( celle à laquelle voudrait revenir la malheureuse Madame Houard), donner à Bruxelles un statut de Ville-région (préfigurant celui de Ville-Etat internationale), c'est exactement ce que le Mouvement wallon - le Congrès National wallon en particulier- a réclamé pendant des décennies, avant l' apparition du FDF qui est venu brouiller toutes les cartes.
Que voulait le Mouvement wallon : transférer aux deux grandes Régions - la Flandre et la Wallonie - en plus de leurs compétences actuelles, toutes les autres évoquées par le ministre-président flamand. Ce que j'affirme est facile à vérifier; il suffit d'ouvrir et de lire l'excellent ouvrage de l'historien Paul Delforge : Un siècle de projets fédéralistes pour la Wallonie, 1905-2005, édité par l'Institut Jules Destrée avec le soutien de...la Région wallonne.
Prenons par exemple le projet Dehousse-Truffaut de 1938. Vous savez quelles compétences les deux personnalités liégeoises socialistes préconisaient dans leur projet pour les Régions ? L'enseignement à tous les degrés, la législation sociale et industrielle, les travaux publics, la ficsalité régionale, l'emploi des langues sur base de l'unilinguisme de la Flandre et de la Wallonie et du bilinguisme à Bruxelles, la police, la gendamerie et le maintien de l'ordre, sans oublier un droit de regard sur la politique internationale...En outre, toutes les matières résiduaires, c'est-à-dire non attribuées expressément à la Fédération, relevaient de la compétence des Régions. Que restait-il au Pouvoir central belge : l'armée, la justice, la nonnaie et la politique internationale.
C'était bien plus que ce que réclament aujourd'hui les partis flamands !
Que n'avons-nous, à la tête de la Région wallonne, un Kries Peeters wallon, pas un faux Wallon comme M. Rudy Rasemotte et, chez les socialistes, des personnalités comme Fernand Dehousse et Georges Truffaut, qui ne cachèrent pas, le premier dans la Résistance, le second avant la guerre, leurs convictions rattachistes...
6 commentaires:
Monsieur Scheurs, je pense que vous avez raison dans votre analyse. Toutefois, je me pose une question essentielle.
Ce type de modification de l'état belge est-il une marche réelle vers le rattachement à la France ou simplement la création d'un état confédéral belge qui permettra à l'Europe d'estimer que le probleme belge est définitivement résolu.
Moi, je me sens français, je suis français exilé dans un état flamand, avec un premier ministre flamand, des directeurs et administrateurs généraux flamands (pour la plupart). Conserver un toit commun appelé belgique ne changera rien à l'implantation des directions et capitaux flamands et la colonisation de la Wallonie continuera d'autant plus facilement que la Flandre a une puissance financière et économique beaucoup plus importante que la Wallonie. Tout le monde sait que la puissance de l'argent et la capacité de produire des richesses est l'élément-clé de la victoire politique. Il suffit de voir la montée inexorable de la Chine.
Voila pourquoi personnellement, je préfère une crise belgicaine où nos politiques, le dos au mur électoral, sont obligés de refuser ce type d'accord ce qui ne peut que nous conduire vers la France.
Ce n'est pas par l'entente sur un socle commun que la Croatie a pu trouver son indépendance.
D'autre part, à quoi peut encore servir un état belge alors que l'Europe existe et nous impose toutes les directives qu'elle juge bon de prendre.
La belgique ? Un étage inutile à supprimer. Mais je comprends que les flamands, avec toujours une stratégie d'avance, prône cette solution qui nous enfermerait (peut-être) encore plus dans l'hégémonie d'un capitalisme flamand.
Mon cher André,
Je viens de relire mon texte copié/collé pour ton blog et je vois avec horreur que j'ai écrit : "la nuit du 3 au 4 août 1792", alors que c'est celle du 4 août 1789 que je voulais évoquer avec l'abolition des privilèges. Merci de me corriger.
Et bon 14 juillet quand même, je boirai un ricard à ta santé !!!
Je réponds à Monsieur Thirion.
Quand je dis que les revendications flamandes exprimées par M. Kries Peeters vont dans le bon sens, c'est parce je crois que tout ce qui affaiblit le Pouvoir fédéral - et donc l' Etat belge - est bénéfique, à terme, pour la Wallonie.
A condition, bien entendu, de ne pas s'arrêter en si bon chemin. Autrement dit, à condition que les Flamands aillent jusqu'au bout de leur raisonnement pour l'instauration d'une République flamande indépendante.
En "cassant" la Belgique, les Flamands en libèrent du même coup les Wallons, que nulle entrave ne pourra plus désormais retenir sur le chemin de la réunion à la France.
C'est bien sûr un pari sur l'avenir, mais qui ne parie rien n'a rien !
C'est pour cette raison qu'à mon avis, le RWF devrait :
1)ne plus associer la revendication de la réunion de la Wallonie à la France et la défense des intérêts des Bruxellois francophones;
2)ne plus se préoccuper des problèmes linguistiques dans les communes "à facilités" de la périphérie bruxelloise, et encore moins de ce qui se passe en Flandre en général;
3)accepter et même encourager la scission de l'arrondissement électoral et judiciaire de BHV, dernière survivance de la Belgique unitaire;;
4)centrer son action sur la Wallonie et dire la vérité au peuple, en rendant aux Wallons la fierté et la dignité qui leur manquent:
5)sensibiliser les Wallons au fait qu'ils sont des "Français de l'extérieur", qu'ils ont tout à perdre au maintien de la Belgique et tout à gagner à devenir des citoyens français , non seulemnt au point de vue matériel, mais aussi culturel et humaniste et qu'ils ne doivent surtout pas cultiver des complexes du genre "nous serons les parents pauvres", alors qu'en Belgique, ils sont, sans s'en rendre compte, des "assistés";
6) organiser pour tous ses militants des formations dans ce sens.
Les Flamands sont bien trop rusés pour provoquer la scission de l'Etat et en prendre la responsabilité au niveau international. De leur côté, les représentants francophones (qui ne représentent que leurs loges et leurs chapelles) sont prêts à n'importe quelle capitulation pour sauver leur monarchie et leur royal arroseur.
En conséquence, nous allons droit vers le confédéralisme. La Belgique à tout prix ? Le prix à payer, ce sera NOUS, les Wallons. Car la nomenklatura francophone et brusselère nous sacrifiera aux exigences flamandes, pour sauvegarder une coquille vide "Belgique". Le confédéralisme sera un système taillé sur mesure dont la Flandre retirera tous les bénéfices.
Les Wallons (s'il en reste) ont perdu toute identité et en plus, ils ont donné tous les pouvoirs à des traîtres.
NRW
Oui, et bien raison de plus pour pousser les Flamands à la scission complète, pas au confédéralisme. Et si, aux yeux de l'opinion internationale, c'est la Wallonie qui apparaît comme étant la responsable de la scission, qu'est-ce que cela peut nous faire ? Nos amis Français connaissent la vérité. Ils savent que nous sommes leurs frères et sont prêts à nous accueillir à bras ouverts, comme le sondage de la Sofrès l'a révélé : 56% pour l'ensemble des Français, 65 à 68 % dans les départements limitrophes : Pas-de-Calais, Champagne-Ardennes, etc.
Le maire de Valenciennes, M. Borloo, ministre du gouvernement français est avec nous !
Les Flamands ne tomberont *jamais* dans le panneau. En revanche, nous avons tout à craindre de nos propres "z'élites."
Quant au peuple wallon, soyons lucide, il n'existe plus. Il s'est désintégré dans la "société multiculturelle." Quand le peuple ne vous obéit plus, faites-en venir d'autres, plus dociles et cela jusqu'à que ce la société soit segmentée en communautés étrangères les unes aux autres. Beau boulot les z'élites !
Qui se sent encore Wallon ? La majorité des francophones de Wallonie se sentent "belges" (ce qui ne veut rien dire) et ensuite, ils se considèrent comme Italiens, Marocains, etc. Mais comme Wallons... cela reste à démontrer.
Les Flamands ont réussi là où les Wallons ont lamentablement échoué : les Flamands ont préservé leur identité, ils forment une communauté de destin, une nation. Cet ancrage et cette conscience d'eux-mêmes leur ont permis d'être une région bien plus florissante que la Wallonie.
Au lieu de les dénigrer stupidement, nous devrions nous inspirer d'eux.
NRW
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