dimanche 3 août 2008

Le combat rattachiste et le combat francophone. Mise au point.

Les commentaires passionnés, dans un sens ou dans l'autre, que provoque cette question m'incitent à reproduire ici et à développer la mise au point que j'ai faite en réation à certaines prises de position concernant les francophones de Bruxelles et de sa périphérie (voir les messages intitulés : "Il n' y pas de minorité linguistique en Flandre" et "Les rattachistes n'ont pas à se soucier de Bruxelles").
1) Le concept de "minorité francophone" en Flandre date de la Belgique unitaire, avant que le Mouvement wallon n'ait fait sa mutation fédéraliste et dissocié le combat wallon du combat francophone, confusément liés jusque là. C'est surtout avec Jules Destrée et sa fameuse Lettre au Roi, que les choses ont commencé à changer, pour aboutir en 1932, après un vain et dernier combat pour maintenir à Gand une université francophone, à la fixation de la frontière linguistique et au principe de l'unilinguisme de la Flandre et de la Wallonie. En 1945, le Congrès national wallon, avec l'approbation de tous les milieux de gauche - et donc démocratiques - a banni pour longtemps cette notion périmée de "minorité linguistique", en précisant qu'on ne doiit reconnaître aucune minorité de cette espèce dans chacune des deux grandes Régions.
2) Déjà alors, bien avant la suppression du volet linguistique du recensement, la frontière linguistique préfigurait, tant pour le Mouvement wallon que pour le Mouvement flamand, une frontière d'Etat, dont le caractère étatique s'est confirmé et précisé au fur et à mesure des diverses réformes de l'Etat belge. La reconnaissance de minorités linguistiques est donc un vieux concept belgicain que le FDF a remis à l'honneur et a tenté de faire partager par le Rassemblement Wallon, lorsque les deux partis se sont associés pour constituer un groupe parlementaire, mais que le RW a abandonné lors de son "virage à gauche".
3) La confusion a réapparu lors de la création du Rassemblement Wallonie-France qui, dans son Manifeste, - et contrairement à la position du "parti France" qui était très claire à ce sujet - a associé le concept "Bruxelles, région de France" à celui de "Wallonie, région de France, que l'on retrouve encore aujourd'hui sur ses affiches et calicots. En prenant la défense des francophones de Bruxelles et de la périphérie - dont on ne sait si c'est par conviction ou pour des motifs électoraux - le RWF a lié à nouveau, comme avant 1945, le combat rattachiste et le combat francophone, en y ajoutant l'illusion que les Bruxellois pourraient, comme les Wallons, souhaiter que leur région soit rattachée à la France et en invoquant des notions nouvelles telles que la "protection des minorités" recommandée par le Conseil de l'Europe, l'opposition entre le "droit du sol et les droits de l'homme", etc.
4) A "Liège-France" et chez d'autres "rattachistes indépendants" de plus en plus nombreux, on pense sincèrement, tout en respectant le point de vue opposé, que ce retour à des conceptions passées est une erreur de stratégie qui risque non seulement de retarder, mais aussi de discréditer le combat rattachiste, parce qu'elle fait fi de la réalité et met sur le même pied une option très crédible - le sondage de l'IPSOS sur le rattachement de la Wallonie à la France vient de le démontrer avec force - et une chimère à cent lieues du sentiment et du souhait des Bruxellois. Dès lors , il est impératif de dissocier à nouveau les deux combats comme l'avait fait le Mouvement wallon au lendemain de la première guerre mondiale, et déjà avant celle-ci.
5) Cela ne signifie pas qu'il faille se désintéresser des francophones de Bruxelles. Une telle dichotomie serait une erreur, au même titre que la confusion actuelle. En tant que francophones, il est normal que les Wallons soient solidaires, sur le plan culturel, de tous ceux qui parlent leur langue. On ne comprendrait pas qu'ils soient solidaires des Jurassiens de Suisse, des Québécois et des Sénégalais et qu'ils ne le soient pas des Bruxellois !
6) Mais c'est en quelque sorte d'une solidarité "internationale" qu'il s'agit, pas d'une solidarité "nationale"ou "communautaire". M. Pierre-René Mélon, dans un courrier à La Libre Belgique, n'a-t-il pas laissé entendre que le dialogue intercommunautaire tant réclamé par la Flandre, que certains veulent rebaptiser "interinstitutionnel", est en fait un "dialogue international" ? L'important est de ne pas lier les deux démarches, la" rattachiste" et "l'internationale", qui doit se situer en dehors des contingences belges. Pourquoi ne pas laisser le FDF, qui n'est pas rattachiste, défendre les francophones de Bruxelles et de la périphérie.?C'est pour cela qu'il a été créé. C'est sa mission, ce n'est pas la nôtre.
7) D'autant que les rattachistes n'ont aucune influence à Bruxelles; ils sont inexistants. Un sondage récent l'a confirmé : en cas d'implosion de la Belgique, 47 % des Bruxellois veulent que leur région devienne indépendante et 24% (un petit quart) seulement choisiraient de s' unir à la Wallonie. On n' a pas trouvé dans la capitale 1¨% de rattachistes, alors qu'ils sont 49% en Wallonie. Soyons donc réalistes !
André Schreurs

4 commentaires:

A. Schreurs a dit…

Je réponds à M. René Thirion à propos du commentaire q'il a posté sur l'article intitulé: "Il n'y a pas de minorité linguistique en Flandre".

1) En 1830, le wallon, aussi bien que le flamand, n'était pas "une dangue", mais en ensemble de dialectes variés, dont certains, différaient d'une province à l'autre; certains n'étaient d'ailleurs pas du "wallon", mais du picard ou du lorrain.

2) Dire que "la Belgique a commis une erreur profonde en acceptant le dialecte paysan et ouvrier flamand comme une langue officielle pour sa survie", laisse perplexe. On sent dans ce propos comme un regret de la belgitude, alors qu'un rattachiste doit, à mon avis, se réjouir d'une telle "erreur", qui a enfoncé un premier coin dans la Belgique unitaire, préparant ainsi toutes les réformes qui ont suivi et permis le démembrement de la Belique.Tant mieux, donc, si le régime belge a commis cette "erreur" ;

2) Parler d'un "dialecte paysan et ouvrier flamand" est méprisant et on pourrait en dire autant du "dialecte paysan et ouvrier wallon"; souvent très vulgaire aussi. C'est la parabole de la paille et la poutre !En outre, ce n'est pas un dialecte flamand, mais le néerlandais qui est devenu la langue officielle de la Flandre;

3) Ou voyez-vous un quelconque sentiment de culpabilité des francophones envers les Flamands ?
M. Hansen n'a pas dit cela, pas plus qu'il n'a parlé d'une quelconque "repentance". Je me demande où vous allez cherchez tout cela;

4) Vous avez raison de dite que ce sont les élites et les bourgeois de Flandre qui ont opprimé les Flamands, en considérant que le flamand était la langue du peuple qu'ils ne pratiquaient qu'avec leurs domestiques. C'était assurément méprisant, mais n'avez-vous pas une attitude un peu semblable quand vous ramenez le flamand à un "dialecte paysan et ouvrier" ?

5) vous associez, vous aussi; Bruxelles à la Wallonie, qui aurient toutes deux subi un pillage économique de la part de la Flandre. Or la Wallonie, si elle a subi un pillage économique, la subi autant de la part de Bruxelles que de la Flandre. La centralisation économique de Bruxelles n'était pas mieux pour nous que l'impérialisme flamand à cette époque. Relisez les cahiers des griefs wallons contre l'emprise de Bruxelles, vous serez édifié !
En fait, il y a eu un impérialisme culturel francophone et un impérialisme économique flamand, dont la Wallonie a fait doublement les frais.

6) Mais tout cela c'est du passé, et nous devons être lucides et réalistes. Sans "repentance" ni "regrets" quelconques. Et conservons nos passions uniquement pour la France, la seule qui le mérite, notre vraie Nation, notre vraie patrie !

Anonyme a dit…

Bien sûr que je regrette la Belgique de 1830 qui était française dans l'âme. Vousne pouvez le nier !

Elle était le premier pas vers un retour vers cette France que nous aimions tant. Charlier à la jambe de bois n'est pas allé se battre pour un état bilingue.

Mais les rendez-vous de l'istoire nous sont imposés.

Quant à mépriser le peuple "wallon" ou flamand", c'est vous qui le dites.

Moi je dis simplement,que la France et notamment celle de Jules Ferry, ce grand Français, a rendu la république unifiée possible par la dictature d'une langue merveilleuse.

Il a voulu un ciment de la nation que nos ancêtre belgicains n'ont pas voulu.

Il faut dire que pas mal d'intercession en faveur de cette langue ont été faite dès le début par de bons wallons.

D'autre part, ne vous en déplaise le wallon est bien une langue romane.

Enfin si l'avenir de la Wallonie dépend uniquement de la bonne volonté des nationalistes flamands, je crains que les wallons ne commettent la même erreur que les flamands sincères qui ont vu dans le Reich une solution pour leur région.

Désolé d'être dur mais il faut parfois remettre les pendules à l'heure.

Je sais que je ne suis pas paré" du manteau d'ancien combattant ou résistant étan né en 1939, mais l'avenir de ma région et de son retour à la France m'intéresse autant que les autres !

Cette fois vous pourrez me censurer. J'ai beaucoup de respect pour vous et votre manière de penser mais certaine manière de voir m'insupporte.

A. Schreurs a dit…

Je ne crois pas que la Belgique de 1830 était française dans l'âme. Vous savez bien que c'est une création artificielle voulue essentiellement par les grandes puissanced de l'époque, qui y ont vu un rempart, un "Etat tampon" contre la France. Certes, il y a eu à ce moment un fort courant francophile et même rattachiste en Wallonie - surtout à Liège et à Verviers - , mais il était inexistant en Flandre et il s'est éteint avec le refus de Louis- Philppe d'accepter la couronne de Belgique pour son fils, le duc de Nemours, qui avait été élu roi des Belges par le Congrès national le 3février 1831. Il est à noter que la majorité au Congrès national pour l'élection du fil du Roi des Français, avait été acquise grâce aux voix des Wallons, la grande majorité des Flamands ayant voté en faveur du duc de Leuchtenberg.
A partir de Léopold 1er, la Belgique "française" a commencé à développer une politique nettement anti-française. Parler de "Belgique française" est donc une erreur.
Je n'ai pas dit que le wallon ,le picard et le lorrain n'étaient pas des parlers romans - ils le sont bien évidemment -, mais qu'ils ne constituent pas "une" langue.
Je ne comprends pas qu'on puisse être rattachiste en ayant le moindre regret de la Belgique du début. Le fait d'avoir été résistant, d'avoir fait la guerre ou non, n'a rien à voir la dedans. Simplement, la Belgique, pour moi, n'a jamais rien signifié. Je me suis toujours senti français et pas belge. A propos des séparatistes flamands, je ne vois pas où serait l'erreur des rattachistes.La comparaison avec le 3è Reich est tellement outrancière qu'elle est dénuée de toute pertinence. Je ne vois d'ailleurs pas le rapport, ni qui vous comparez à qui.
Je crains que vous ne soyez aveuglé par une sorte de haine des Flamands, ou du moins des nationalistes flamands - qui sont la majorité en Flandre !-.et que vous ne parveniez pas à juger sereinement des choses. Qu'on aime ou non les nationalistes flamands, il faut être aveugle pour ne pas constater que ce sont eux - et non les partis francophones-qui font avancer les choses en vue de la scission et de la disparition de la Belgique. Ce sont donc nos "alliés objectif", comme les Soviétiques étaient ceux des Américains pendant la deuxième moitié de la seconde querre mondiale. Un fait est plus fort qu'un Lord-maire et c'est dommage de vous emporter comme vous le fait quand on rappelle de telles évidences.

Anonyme a dit…

Certains rattachistes ne sont pas encore parvenus à l'âge adulte en politique. Ils sont antiflamands avant tout. Ils se font plaisir à eux même en se défoulant, mais ne font pas avancer notre Cause d'un millimètre !