Deux ministres-présidents d'entités fédérées viennent de s'exprimer on ne peut plus clairement: M. Charles Picqué, qui préside la Région de Bruxelles-Capitale et M. Karl-Franz Lamberts, président de la Communauté germanophone et l'un des trois médiateurs désignés par le roi pour débroussailler le problème des relations "interinstitutionnelles".
Voilà deux personnalités qui, contrairement aux propos lénifiants des présidents des partis francophones, ne pratiquent pas la langue de bois !
Tandis que M. Lambertz n'a pas hésité à affirmer, à la télé, que la Belgique connaît un problème ethnique - ce qui est tout-à-fait exact - M. Picqué explique au Soir d'aujourd'hui que, cette fois, c'est le confédéralisme qu'on négocie. Il en est convaincu : Je ne pensais pas que nous étions entrés dans le dernier round, dans l'ultime phase de la réforme de l'Etat. On ne discute plus une étape parmi d'autres de la réforme de l'Etat, mais la phase ultime. Et celle-ci porte un nom : confédéralisme.
Dans leur commentaire, David Coppi et Véronique Lamkin affirment qu'en privé, tous les responsables politiques francophones en conviennent : sauf à se résoudre à la scission du pays(...),il faudra négocier sa "confédéralisation", un néologisme qui dit bien le radical changement de style et d'époque auquel il faut se préparer(...) Les Flamands nous ont très clairement fait comprendre qu'il n'y a plus lieu de tergiverser. Ou nous acceptons de négocier sans attendre la vraie grande réforme de lr'Etat, le confédéralisme, ou c'est la Flandre qui basculera dans le séparatisme et l'indépendance. Un ministre proche des trois médiateurs confirme :De tous mes contacts, je retire que les francophones doivent perdre leurs illusions, ils devront choisir entre le confédéralisme ou le séparatisme, et je ne suis pas certain que le premier ne conduira pas au second.
Cette dernière remarque est importante, car contrairement à certains de nos amis, nous pensons aussi que le confédéralisme, loin de de constituer l'ultime planche de salut d'une Belgique "coquille vide" dont la Flandre se servirait à son seul profit, débouchera nécessairement sur la partition du pays, pour peu que les Wallons sachent utiliser , avec courage et responsabilité, les nouveaux pouvoirs et compétences que leur procurera le confédéralisme,L'essence même de ce régime est en effet de déplacer les centres de décision et de gravité du niveau fédéral à celui des entités fédérées devenues de véritables Etats.
S'il n'en était pas ainsi, on ne comprendrait pas que l'alliée du CD&V, la N-VA qui est foncièrement séparatiste, et les éléments les plus radicaux des démocrates chrétiens flamands, soutiennent cette réforme confédéraliste. Un chercheur à l'UCL, M. Damien Gérard, le fait très justement remarquer dans La Libre Belgique de ce mercredi. Il y expose que, contrairement aux affirmations de Mme Thyssen, pérsidente du CD&V, la réforme de l'Etat n'est pas contraire à la scission, car il ne faut pas chercher bien loin pour lire noir sur blanc que la N-VA aspire à l'indépendance de la Flandre. Le politologue qui, en dépit de son analyse, croit encore à une "pax belgica"possible, nous ressort la ritournelle d'une circonscription électorale unique et imagine une restructuration des entités fédérées qui permettrait d'assurer la représentation au sein de l'Etat des 5 réalités identitaires ptrincipales à l'oeuvre dans "notre pays" : belge, flamande, wallonne, bruxelloise et germanophone. Ouf !
A notre avis, les rattachistes ne peuvent que se réjouir de cette confédéralisation, qui permettra à la Wallonie de conclure dès-à-présents toutes sortes d'accords de coopération avec la France préparant sa future réunion à la République, en attendant la scission pure et simple du "pays". Mais il faudrait, pour cela, que les compétences actuelles de la Communauté française soient transférées aux Etats fédérés de Wallonie et de Bruxelles.
Une remarque pour conclure : pourquoi diable les politologues perdent-ils tant de temps à imaginer des scénarios impliquant la survie de la Belgique, alors que leur concours serait tellement plus constructif s'ils se mettaient une bonne fois à réfléchir à l"après-Belgique" ? Ils feraient oeuvre bien plus utile !
4 commentaires:
Il y a heureusement les Etats généraux de Wallonie qui vont s'atteler à travail. C'est vraiment une très belle initiative. Enfin du concret.
Tout à fait et je suggérerais même d'inviter tous ces politologues qui espèrent toujours en la survivance de l'Etat belge, aux commissions des EGW afin que ceux-ci éclairent leur lanterne et se sensibilisent à l'après-belgique, autrement dit actualisent leur esprit. Adieu les tergiversations. Il est temps maintenant que nombres de politiciens, politologues et journalistes ouvrent enfin les yeux et prennent le taureau de la destinée de la Wallonie, par les cornes.
Franchement, le commentaire de "Liège-France" est autrement percutant que celui du site officiel du parti rattachiste. Celui-ci devrait en prendre de la graine !
Il y a quand même un progrès : le RWF ne semble plus s'opposer au confédéralisme. Aurait-il enfin compris que le confédéralisme est un pas important vert la fin de la Belgique et donc de la réunion de la Wallonie à la France et qu'il faut encourager les partis flamands à poursuivre dans cette voie ?
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