jeudi 19 juin 2008

L'Accord Schreurs-Couvreur. Un dialogue fructueux entre Wallons et Flamands

A la veille de la journée préparatoire des Etats-Généraux de Wallonie, qui se tient ce vendredi 20 juin, à 19h, dans la salle académique de l'Université de Liège, il n'est pas sans intérêt de rappeler ce que fut l'Accord Schreurs-Couvreur, qui constitua, en quelque sorte, le premier dialogue "de communauté à communauté". Après un an de contacts informels, des responsables du Mouvement wallon et du Mouvement flamand lancèrent, en décembre 1952, un Manifeste signé par 50 intellectuels wallons et 50 intellectuels flamands.
Ces intellectuels étaient unanimes à dénoncer la centralisation bruxelloise et l'unitarisme belge qui vide la Wallonie et la Flandre de leur substance.
Le Manifeste des intellectuels wallons et flamands énonce une série de principes : reconnaissance en Belgique de deux peuples, dotés chacun d'une individualité ethnique, linguisique et culturelle : le peuple wallon et le peuple flamand; fixation définitive de la frontière linguistique qui les sépare; intégrité française de la Wallonie et intégrité néerlandaise de la Flandre et refus de reconnaître aucune minorité linguistique ; définition de Bruxelles en tant qu' espace territorial reconnu historiquement comme terre flamande, mais au statut spécia en raison de son rôle de capitale fédérale.
Ce manifeste, qui fit grand bruit, fut approuvé, en Wallonie, par le Congrès National wallon, Wallonie Libre, et les milieux politiques de gauche; ses initiateurs wallons - dont Fernand Schreurs et Maurice Bologne - reçurent les félicitations de Jean Rey. Le PSC wallon s'abstint...Quant aux Bruxellois, ils furent mitigés. La presse belgicaine de la capitale alla jusqu'à traiter les signataires de racistes; les libéraux bruxellois, instigués par Charles Moureaux parlèrent de grande trahison, de honte, de capitulation inconditionnelle des Wallons, et autres injures. Par contre, le Manifeste fut approuvé par l'AWPSP et signé, entre autres, par M. Roger Maingain, le père de M. Olivier Maingain, président du FDF, mais on ne peut obliger chacun à être fidèle aux idées de son père...
Plus de 1.250 articles de presse furent consacrés au Manifeste, dans des journaux ou des revues.
Le groupe des fédéralistes wallons et flamands rédigea un nouveau projet de Constitution fédérale, faisant de la Belgique un Etat fédéral formé de deux Etats régionaux, la Wallonie et la Flandre, et du Territoire fédéral de Bruxelles. Ce projet fut approuvé fin 1953 par le Congrès National Wallon, à l'unanimité moins deux voix.
En 1954, se constitue un Collège wallo-flamand, dont les présidents furent Fernand Schreurs et Walter Couvreur, d'où le nom donné à l'Accord des fédéralistes wallons et flamands. Ce Collège organisa des colloques, dont le plus important se tint au Palais des Congrès de Liège le 15 octobre 1961. La scène était décorée d'un drapeau au coq wallon et d'un drapeau au lion flamand, mais d'aucun drapeau belge. M. Wilfried Martens, le père de la première réforme de l'Etat, était présent au colloque en qualité de représentant du Vlaamse Volkbeweging, ainsi que le premier député de la Volksunie, M. Daniel Deconinck, laquelle Volksunie fut l'ancêtre de la NVA et de Spirit..
L'Accord Schreurs-Couvreur contribua largement à l'établissement d'un front fédéraliste par dessus la frontière linguistique, qui permit la première réforme de l'Etat pour y introduire le fédéralisme, fédéralisme auquel, jusqu' à ces contacts entre Wallons et Flamands, ces derniers s'étaient opposés; en 1947, la quasi-unanimité des députés flamands, avaient en effet voté contre la proposition de loi fédéraliste introduite par 6 députés du Congrès National Wallon...
Qu'il y ait des leçcons à tirer de cet Accord et de ce qu'il a engendré, il nous paraît que l'on ne peut en douter, quels que soient les sentiments que peut nous inspirer le comportement actuel des partis flamands dans certains domaines. C'est l'occasion d'y réfléchir demain.
Pour plus de détails sur "l'Accord Schreurs-Couvreur", voir l'Encyclopédie du Mouvement wallon, éd. Institut Jules Destrée, 2000, tome I, p. 15-18.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Comme Luc l'écrit justement dans le "Het Laaste Nieuw" du 9 juin 2008, "Aussi longtemps que la guerre à propos de la réforme de l'Etat fera rage, il ne se passera plus rien dans ce pays." Voyez ce qu'il en est maintenant. La presse flamande est vraiment très intéressante à lire. Au lieu d'en vouloir éternellement aux "mensis flamins", il est temps que "nos" partis traditionnels "francophones" se ressaisissent ou qu'ils disparaissent. Si l'on espère obtenir un jour le rattachement de la Wallonie à la France, il faudrait une fois s'inquiéter des conditions dans lesquelles ce rattachement se fera. Car on ne pourra pas tout obtenir !!

Anonyme a dit…

Rappel historique d'un accord pour un fédéralisme qui nous a mené où nous sommes.

Ce n'est pas grave, il nous a conduit vers une division de plus en plus marquée de la belgique et une animosité de plus en plus forte entre wallons et flamands.

La Wallonie n'a aucun avenir ni dans son indépendance, ni dans le fédéralisme, ni dans le confédéralisme. Ce sont encore des spasmes d'un état artificiellement créé.

Son seul avenir se situe dans le retour à la 5ème puissance au monde, la France, notre patrie charnelle et culturelle.

Quand à Bruxelles, territoire historiquement flamand ? Comme Maestricht, Louvain et Givet territoires historiquement principautaire, donc liégeois ?

En bon démocrate, j'estime que son avenir appartient à ses habitants, qui ne se sentent plus wallons ou flamands mais citoyens d'une capitale jacobine.

Nous ne sommes pas concernés par son sort !

Ø a dit…

Schreurs-Couvreur...

A la lecture des noms, on pourrait se demander qui est le Wallon et qui est le Flamand

A. Schreurs a dit…

C'est tout-à-fait vrai et cela a fait l'objet de plaisanteries à l'époque.

On pourrait se poser le même genre de question pour Yves Leterme et Geert Bourgeois (ministre flamand venant de la Volksunie) ou pour François Van Belle, par exemple.

Le premier Schreurs venait du Limbourg - non flamand, mais "hollandais". En garnison à Maestricht en 1829, il déserta l'armée orangiste pour s'engager dans la 4è Légion Belge-Parisienne, sous commandement français français, lors de la Révolution de 1830. C'est ainsi que la famille devint liégeoise et wallonne, il y a 180 ans... Ce premier Schreurs combattait déjà sous les couleurs françaises.

Anonyme a dit…

A l'anonyme de service qui plaisante et doute sur les noms de famille. Quel est l'individu qui n'a pas un père wallon, une mère flamande, un grand-père français et une grand mère espagnole ?
En serait-il à la vieille notion raciste bien appréciée entre 1940 "et 1945 ?

Pour ma part, je préfère deux citations données par deux grands auteurs:

Ma patrie est partout où rayonne la France, Où son génie éclate aux regards éblouis!
Chacun est du climat de son intelligence; Je suis concitoyen de tout âme qui pense: La vérité, c'est mon pays. Alphonse de Lamartine

et Ma patrie, c'est la langue française ! Albert Camus

Oui, la vraie patrie est celle que l'on adopte, que l'on aime et que l'on sert. C'est celle de la culture et de la grandeur d'âme.

Ce n'est que celle du "sol et du sang" pour les "imbéciles heureux qui sont nés quelque part" comme aimait à le chanter Georges Brassens.